Marina, de Carlos Ruiz Zafon

By mardi, mai 14, 2013

Interne au pensionnat, Oscar aime faire le mur, errer dans les rues désertes, les pinèdes, les villas d'un quartier laissé à l'abandon. Il suffira d'un chat et d'une montre en or pour qu'il bascule au pays des merveilles. Un royaume hanté par des amours mortes, un savant fou et les fantômes de Gaudi. Une Barcelone de rêve et de cauchemar, de théâtre et de cimetière, souterraine et baroque, d'où seul s'évadera le souvenir de son guide : l'inoubliable Marina...

L'avis de Gabrielle

Ma mère m’a un jour conseillé de lire cet auteur, affirmant avec certitude que ça me plairait. Elle m’a décrit un style noir qui flirte dangereusement avec le surnaturel. Je commençai alors à être sérieusement intriguée par Carlos Ruiz Zafon, un auteur espagnol, pour changer un peu. La fois suivante, elle me dit avoir pensé à moi en lisant un de ses romans : « Tu vas avoir peur ma chérie, il y a là dedans tout ce que tu aimes, des lieux glauques, des pantins… ». J’étais convaincue, il n’en fallut pas plus pour que je trouve un de ses romans quel qu’il soit. Car oui, me replonger dans mes peurs enfantines, j’adore ça !

Bref, le destin me mit en face de « Marina », un livre assez court et pourtant complet, intense, cela grâce à une écriture efficace et un rythme très bien entretenu. Au bout des 200 pages du roman, je n’ai ressenti aucun manque, j’avais fait un inquiétant et non moins romantique voyage dans le présent d’Oscar et Marina, et dans le passé de personnages à la fois charismatiques et terrifiants.

On se retrouve plongé en quelques lignes dans un Barcelone gothique et inquiétant, et dans la tête d’un adolescent curieux qui connaît ses premiers émois. Mais on va petit à petit plus loin, on s’enfonce dans les profondeurs du passé, les cœurs passionnés et les âmes tourmentées qui ont laissé derrière eux des œuvres, des victimes et le papillon noir qui nous accompagne tout au long de ce périlleux périple. Vous l’aurez deviné, le beau côtoie la laideur, j’ai été émue, attendrie, et la seconde d’après j’étais dégoûtée et mal à l’aise.

L’émotion, elle m’est venue en plongeant dans le passé des personnages, même secondaires. D’ailleurs, alors que certains auteurs n’hésitent pas à remplir leur quota de pages en ajoutant des descriptions ou des histoires annexes sans aucun intérêt, ici le moindre élément ajouté est l’occasion de s’enfoncer un peu plus « au pays des merveilles ». On a envie de s’identifier à chacun d’entre eux pour mieux les comprendre. Et la terreur, elle vient de partout, du moindre endroit plongé dans l’ombre, de ces bruits étranges au dessus de votre tête, de ce froid métallique que vous sentez dans votre cou, des yeux jaunes de ce pantin estropié qui vous fixe, de l’histoire de qui vous montre qu’il y a un monstre en chacun de nous… ou presque.

En plus d’aller au but sans fioriture inutile, l’écriture de Carlos Ruiz Zafon est très élégante. Comme j’aimerais savoir dire les choses de façon si belle et si directe à la fois. Une bonne leçon d’écriture si vous voulez mon avis. Attention, ne vous attendez pas à ce type d’horreur à deux sous qui choque les sensibilités par des images crues et parfois vulgaires. Ici, on est dans le gothique romantique, le Frankenstein remis au gout du jour, même si notre imagination n’est en aucun cas épargnée. Personnellement, je prévois de cauchemarder encore, guidée par la plume de Zafon.

Ah oui, je n’ai pas parlé du fait que « Marina » était à l’origine un roman pour la jeunesse… Et bien, pour quoi faire ? Certains auteurs transcendent tout simplement cette limite pas toujours pertinente entre les classes d’âge et certaines histoires sont éternelles alors… Le livre s’adresse aussi aux adultes d’aujourd’hui à l’instar des « Harry Potter » (J.K. Rowling) ou de la saga du « Clan des Otori » (Lian Hearn).

Note : ★★★★☆
Billet d'origine : De mes propres ailes


Ouvrage paru en 2011 - Lu en format poche aux éditions Pocket - 288 pages

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