Le serment de l'épée, de David Weber

By mercredi, mars 26, 2014

Bahzell Bahnakson est un Hradani, race maudite depuis les guerres des sorciers qui ont dévasté le monde. Les Hradanis souffrent de la Rage, qui décuple leurs forces quand elle s’empare d'eux et leur vaut la crainte et le mépris de tous. Otage chez l'ennemi juré de son père, Bahzell se voit contraint de prendre la fuite, pourchassé par la vengeance d'un prince qui conspire avec les forces du mal. Assassins et démons le guettent. Son seul recours serait-il Tomanak, le dieu de la Guerre, qui entend faire de lui son champion ? Car l'affrontement des dieux n'a pas vraiment cessé depuis la chute de Kontovar, vingt millénaires plus tôt.

L'avis de Goupil

Le serment de l'épée est le premier tome d'une tétralogie, Le dieu de la guerre, à l'origine prévue comme une trilogie, de David Weber, plus connu pour sa prestigieuse série de science-fiction Honor HarringtonLe dieu de la guerre est un cycle d'héroïc-fantasy plutôt classique débuté en 1995, qui nous transporte dans un univers largement inspiré de la fantasy d'antan. Le serment de l'épée, à l'origine d'un seul tome divisé en deux tomes, une habitude mercantile des éditions l'Atalante, est un agréable mélange d'Howard, Leiber et Moorcock, les maîtres incontestés et incontestables du genre, tout en évitant les archétypes clichés du genre.

Dés les premières pages, nous nous retrouvons plongés dans un univers d'héroïc-fantasy en fin de compte plutôt basique. Différentes races clairement typées, de la magie, un méchant très méchant, un monde en danger... Des ingrédients convenus, classiques en diable, mais une recette concoctée avec une certaine assurance malgré tout.

Dans Le serment de l'épée, l'auteur qui nous a habitués à étirer ses histoires sur des tomes et des tomes, a su trouver pour le roman un bon rythme ni trop bref ni trop long et ennuyeux, à part quelques longueurs lorsque l'action perdure plus longuement. Il prend le temps de dessiner ses personnages, de leur donner du volume, de la volonté et une réalité intéressante, sans oublier l'histoire et l'aventure que requiert un ouvrage de fantasy.

L'auteur met en scène un personnage imposant par sa taille et son espèce, un Hradani, une race atteinte par la Rage, autrement dit un Berserk. Mais le héros a un rapport particulier avec la Rage, il la contrôle. Bien que nous soyons dans un roman d'héroïc-fantasy, le personnage principal n'est pas un combattant couvert d'acier et répandant le sang et le malheur sur sa route : Bahzell n'a qu'une très lointaine ressemblance avec un Gath de Baal. En effet, contrairement à ses compatriotes, notre héros est sensible, intelligent, droit et juste, avec un sens de l'honneur particulièrement développé, ce qui va lui attirer des ennuis à plusieurs reprises d'ailleurs. Contraint de s'enfuir, il va être vite rejoint par son meilleur ami et s'engager comme garde d'une caravane de marchands, puis comme garde du corps d'une femme en détresse. Tout cela pourchassé par ceux qui ont juré sa perte. Un personnage plutôt classique en héroïc-fantasy, facile à cerner dans ses actes et valeurs morales. Il ne manque pas de psychologie mais sa ligne de conduite est transparente et sans surprise.

L'auteur nous offre une fantasy que l'on pourrait qualifier de quelque peu sommaire. En effet, le roman a été écrit en 1995, et l'on retrouve les caractéristiques de l'époque : le vocabulaire, le style, l'histoire et la centralisation de l'intrigue et du récit axé sur le personnage principal, en font quelque chose que l'on n'a plus l'habitude de lire car la fantasy a évolué. Le fait est que c'est Bahzell qui tient le haut du pavé mais il reste peu approfondi, pas assez creusé. Mais au travers du roman, l'auteur explore des pistes de réflexion qui sont bien plus contemporaines que les épées et la magie des dieux.

Pas de grande bataille rangée impliquant des milliers de combattants de toutes races et générant des océans d'hémoglobine, mais le récit est ponctué malgré tout de nombreuses scènes à l'épée de combat individuel ou en petit groupe, superbement décrites. Les scènes de combat sont courtes, âpres et violentes : elles apportent un véritable plus à l'ensemble.

Ce roman est avant tout le récit d'une amitié virile jamais démentie et aucune histoire d'amour ne vient égayer ou perturber cette aventure, car si les personnages féminins existent, ils ne sont là que pour embellir le tableau. Personne ne parvient à souffler la vedette au géant au grand cœur doté d'un caractère un brin râleur et d'une opiniâtreté peu commune. On s'attache au héros, l'histoire est agréable à lire.

La prose est simple mais pas simpliste, et la lecture est aisée : on retrouve le plaisir de la ligne droite où une péripétie et sa résolution nous emmènent vers une nouvelle péripétie. C'est aussi appréciable de voir débuter l'histoire à la page une, de ne pas devoir subir le traditionnel tome introductif. On est dans le style de fantasy où il n'y a pas besoin de se pencher sur des constructions à la Howard ou à la Tolkien, mais de se laisser tout simplement entraîner et de laisser défiler son cinémascope personnel. C'est frais, reposant et rassurant. La simplicité de la lecture entraîne la facilité et permet à tout un chacun de prendre ou de laisser ce dont il a envie.

Le serment de l'épée est un roman efficace et direct, sans fioriture, baignant dans une atmosphère bon enfant. Rien d'exceptionnel, mais pourquoi rechercher l'exceptionnel là où l'agréable suffit largement. C'est un livre sympathique, pas un grand roman bien sur, mais quelque chose d'une facture classique et attendue mais qui reste plaisant à lire.

Note : ★★★★☆

Billet d'origine : Chroniques littéraires de Goupil


Ouvrages parus en 2011 - Lu en format poche aux éditions l'Atalante - 336 et 288 pages
Tomes 1* et 1** du cycle Le Dieu de la Guerre 

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