Max, de Sarah Cohen-Scali

By mardi, juin 24, 2014

19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l'enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d'autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Heil Hitler !
Max est le prototype parfait du programme "Lebensborn" initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Allemagne puis l'Europe occupée par le Reich.

L'avis de Kahlan

Je n’avais jamais entendu parler des « Lebensborn » jusqu’à il y a quelques mois à peine, lorsque j’ai lu La conjuration primitive, de Maxime Chattam, qui y faisait référence. Renseignements pris, j’ai écarquillé des yeux démesurés, ahurie d’être passée à côté de ça pendant si longtemps. Comme quoi, on en apprend à tout âge, et pas que des belles ! Bref, au cours de mes recherches, j’ai lu un article sur cette histoire de Sarah Cohen-Scali, romancée bien sûr, mais basée sur un certain nombre de faits réels, et j’ai décidé de me la procurer. Une lecture commune organisée sur l’Imag’In Café plus tard, me revoici...

Comment expliquer ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre ? Même si je m’y étais préparée, la première partie est extrêmement dérangeante. Max est le premier né de ces enfants issus du projet Lebensborn, c’est-à-dire conçus selon des critères génétiques très stricts pour peupler l’Allemagne nazie avec des enfants de race aryenne. Dès avant sa naissance, il est endoctriné, conditionné à considérer le Führer comme son père, l’Allemagne comme sa mère, et à tout mettre en œuvre pour leur gloire. Se retrouver dans la tête de ce bébé d’abord, puis de ce petit garçon, qui prône les pires des discours et des idéologies nazies… ouch, ça fait mal, quelque part !

Impossible d’éprouver la moindre empathie pour ce gosse ! En tant qu’adulte, j’étais pourtant parfaitement consciente que ce n’était pas réellement de sa faute, qu’il n’avait jamais rien connu d’autre, et qu’on lui mentait la plupart du temps, mais rien à faire, je pense qu’une partie de moi se blindait, ne voulait pas être compréhensive. Et puis entre en scène un nouveau personnage, un jeune polonais qu’on veut à tout prix germaniser, rebaptisé Lukas. Et insidieusement, au fur et à mesure qu’il ouvre, petit à petit, les yeux de Max sur la réalité du monde qui l’entoure, il le rend aussi plus attachant, et je me suis surprise à dévorer toute la seconde moitié du livre sans plus pouvoir m’arrêter.

Max est un roman classé jeunesse, mais à ne pas mettre en toutes les mains, pas avant un certain âge en tous cas. C’est un livre extrêmement dur, à l’image de ce petit garçon nazi qui n’a jamais connu la tendresse, l’amour d’une mère ou d’un père. Un livre sans tabou, où il est question aussi bien d’extermination juive, que de viol ou de prostitution. Un livre dérangeant mais d’une importance capitale dans le sens où il traite d’un sujet somme toute peu évoqué quand on parle de la Seconde Guerre Mondiale. Un livre à lire, mais par un public averti quand même.

Note : ★★★★☆
Billet d'origine : eTemporel


Ouvrage paru en 2012 - Lu en format broché aux éditions Gallimard - 473 pages

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