Max, de Sarah Cohen-Scali

By mercredi, juillet 02, 2014

19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l'enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d'autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Heil Hitler !
Max est le prototype parfait du programme "Lebensborn" initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Allemagne puis l'Europe occupée par le Reich.

L'avis de Aristide Pilgrim

J’ai lu ce roman dans le cadre d’une lecture commune organisée sur l’Imag’In Café. Je n’en avais pas spécialement entendu parler avant, ni rien lu de Sarah Cohen-Scali, mais le quatrième de couverture m’avait intéressée, et comme j’ai eu la chance de le trouver disponible à la bibliothèque, je me suis dit, ma foi, pourquoi pas ? On ne parle pas souvent des Lebensborn quand on parle de la Seconde Guerre Mondiale, je savais tout juste ce dont il s’agissait avant de commencer. Et quelle claque !

Qu’il est difficile de se mettre dans la peau de Max, ou Conrad plutôt, puisque c’est son prénom dans les fichiers de l’état civil ! Cet enfant, conditionné dès avant sa naissance aux idéologies nazies, nous expose crument sa petite vie et ses opinions sur la situation géopolitique de son pays dès 1936. Le récit est à la première personne, et on est réellement dans sa tête. Sauf que… qui a jamais rêvé de pénétrer dans la tête d’un nazi ? Pas moi en tous cas ! J’ai trouvé toute la première partie du livre extrêmement difficile à lire, pas à cause du style de l’auteure, non, mais à cause des idées véhiculées par Max. J’ai lu le mot « dérangeant » dans diverses chroniques, et c’est exactement ça, ça fait froid dans le dos.

En même temps, ce n’est qu’un petit garçon élevé sans l’amour ni d’une mère ni d’un père, et dont on bourre le crâne de bêtises à propos des Juifs ou de la suprématie de la race aryenne. Un petit garçon qui croit réellement en ce qu’il professe, mais que la réalité des choses va finir par rattraper pour lui ouvrir les yeux. Et encore, même à ce moment-là, on sent bien qu’il n’est pas totalement convaincu, c’est aussi ce qui fait toute la subtilité de ce livre, ce qui lui donne de la crédibilité.

Au final, j’ai adoré ce bouquin ! Je trouve qu’il est très bien pensé dans sa construction narrative, c’est bien fichu, horrible au possible, mais bien écrit, bien pensé, bien construit. On ne peut pas reprocher à l’auteur de ne susciter aucune émotion en nous, ça c’est sûr ! A lire par tous ceux qui sont intéressés par cette période de l’histoire, mais pas seulement, parce qu’il y a des choses que l’on se doit de savoir, pour que plus jamais elles ne se reproduisent.

Note : ★★★★★
Billet d'origine : Les Fabuleuses Aventures d'Aristide Pilgrim


Ouvrage paru en 2012 - Lu en format broché aux Editions Gallimard - 473 pages

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