Regrets mécaniques, de Michèle Devernay

By lundi, octobre 05, 2015

Regrets mécaniques

Un cœur, juste un cœur. Voilà ce dont Gabriel a besoin pour sauver son fils mortellement atteint. Et ce cœur, il sait où le trouver. À condition de faire taire sa conscience. Dans un Paris de fin de siècle, steampunk en diable, la traque commence.

Ouvrage paru en 2015 - Lu en format ePub aux éditions du 38 - 27 pages


L'avis d'Aristide

Plus d’un mois que je n’avais rien posté sur le blog, j’ai honte, mais je vais essayer de me rattraper en vous proposant deux chroniques d’ouvrages coup de cœur. Le premier est une courte nouvelle de Michèle Devernay, auteur isérois dont Regrets mécaniques est le tout premier travail édité aux éditions du 38, et édité tout court d’ailleurs. Une nouvelle à la base écrite dans le cadre d’un appel à textes de l’éditeur, dont le thème imposé était le fou, et c’est sur ce dernier que repose effectivement toute cette histoire.

Cette nouvelle met en scène le père d’une famille aisée, Gabriel Montfort, dont l’unique enfant, un adolescent de 17 ans prénommé Lucas, souffre d’une déficience cardiaque qui nécessiterait une greffe de cœur. Or, nous sommes en 1900, les greffes sont loin d’être au point, et même sans cela, où trouver un cœur compatible ? Le jeune Lucas semble bel et bien condamné, mais c’est compter sans la force de caractère de son père qui, lui, sait où trouver ce cœur et va tout mettre en œuvre pour sauver son fils.

Quel rapport avec le fou, vous allez me dire ! Ils sont multiples quand on y réfléchit, mais sans trop vous en dévoiler car ce serait vraiment dommage, Lulu Cabriole est celui qui va permettre à Gabriel de mener à bien son dessein. C’est un personnage extrêmement ambigu dont on se demande maintes fois quelles sont les motivations réelles. Je l’ai trouvé fascinant, on lui devine une prescience tout à fait terrifiante. Il m’a rappelé certains des personnages de Stephen King qui se nourrissent des émotions humaines, de leur peur aussi. A coté de lui forcément, les autres personnages paraissent un petit peu fades et stéréotypés, mais ils sont néanmoins attachants. Et puis Gabriel est intéressant lui aussi, dans ce rôle de père au désespoir qui fait fermement taire sa conscience pour sauver son enfant.

Enfin, j’aimerais évoquer un autre élément important, qui explique en partie mon coup de cœur pour cette nouvelle : les petites touches de steampunk disséminées par-ci par-là et qui, sans être trop appuyées, se fondent parfaitement bien aux éléments historiques de l’époque. Le récit se déroule en 1900, à la veille de l’Exposition Universelle, et c’est l’occasion pour Michèle Devernay de nous propulser au cœur d’un univers où la révolution industrielle s’est certes faite sur la base des machines à vapeur, mais qui reste néanmoins très proche de notre réalité de l’époque. Elle évoque la construction du pont Alexandre III, la mythique Rue de l’Avenir qui permettait de faire le tour de l’exposition à sept mètres du sol ou encore les « hirondelles », ces gardiens de la paix à vélo qui sillonnaient la ville. C’est comme si on y était ! Et à côté de ça, il est aussi question d’ombrelles mécaniques, ou de fiacres à vapeur dont le cocher est un automate... Je me suis laissée embarquer si facilement !

Mélange de fantastique, de steampunk et d’horreur, Regrets mécaniques est, à mon sens, une bien belle réussite, tant grâce à l’univers qu’elle nous propose qu’aux questions qu’elle soulève. Manipulation, éthique et désespoir sont autant de thèmes abordés ici, l’émotion est présente de bout en bout mais à aucun moment on ne tombe dans le pathétique, le larmoyant. J’ai passé un excellent moment de lecture, j’aurais juste aimé m’installer dans cet univers et côtoyer ces protagonistes un peu plus longtemps. Un auteur à suivre, à recommander, avec une mention spéciale au jeune dessinateur (il a 13 ans) de l’illustration intérieure.

Note : ★★★★★
Billet d'origine : Les Fabuleuses Aventures d'Aristide Pilgrim

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