Que ta volonté soit faite, de Maxime Chattam

By samedi, mai 28, 2016

Que ta volonté soit faite

Pour son vingtième roman, Maxime Chattam s’amuse à dresser le portrait d’une petite ville du Midwest américain des années 60 jusqu’au début des années 80, avec pour fil rouge l’évolution de Jon Petersen, un pervers psychopathe, de son enfance jusqu’au point culminant de sa sinistre carrière criminelle. Un roman noir à l’écriture et à l’atmosphère uniques dans la carrière de l’auteur, où tout converge vers un final aussi étonnant qu’imprévisible. Que ta volonté soit faite est non seulement un voyage à Carson Mills, mais aussi dans ce qui constitue l’essence même du roman policier, la vérité et le crime. On songe bien sûr à Stephen King (une bourgade à la Norman Rockwell où tout le monde connait tout le monde, un vieux shérif obstiné, le poids de la religion, les secrets de famille…) et parfois aussi à Jim Thompson.

Ouvrage paru en 2015 - Lu en format papier aux éditions Albin Michel
368 pages


L'avis d'Aristide

J'imagine que nombre de fans de Maxime Chattam ont eu du mal à reconnaître son style dans ce roman, beaucoup plus dans la psychologie que dans les descriptions hyper réalistes des abjections du Mal. Je reconnais moi même volontiers avoir été un petit peu déstabilisée par cette ressemblance finalement beaucoup plus marquée avec un autre de mes auteurs favoris, à savoir Stephen King. Lui aussi s'attache, ces dernières années, à nous parler de l'humanité, avec tous ses travers. Et ce Jon Petersen est un échantillon pour le moins atypique. Heureusement d'ailleurs…

L'histoire nous est racontée par un habitant de Carson Mills, une de ces petites bourgades américaines où tout le monde se connaît, et où pourtant, noircissent de bien tristes secrets. On découvre Jon tout petit, jeune orphelin élevé par son grand-père et ses tantes et qui, très tôt, se découvre une passion pour les mutilations d'animaux. On devine d'emblée que ce jeune homme va mal tourner, le plaisir qu'il prend à faire souffrir ces pauvres bêtes étant tout sauf bien sain. Et effectivement, il ne va pas s'arrêter là et on assiste, avec une espèce de fascination horrifiée, à la suite de son évolution vers quelque chose de bien pire.

Si l'auteur nous propose de faire la connaissance de nombreux personnages, tous intéressants et bien construits, c'est vraiment dans la tête de Jon que l'on s'attarde. Certains anti-héros sont présentés de telle manière qu'on ne peut pas faire autrement que de s'attacher à eux, mais ce n'est absolument pas le cas ici. Jon représente la quintessence du mal et à aucun moment, le doute ne plane à ce sujet. On compatit pour ses victimes, on se surprend même parfois à avoir envie de secouer les autorités, de les traiter d'imbéciles de ne pas voir ce qui se passe juste sous leur nez. Mais la perversion de Jon est telle qu'il semble intouchable, et notre frustration est à la hauteur de son triomphe.

C'est un roman vraiment glaçant, dans lequel l'auteur excelle à nous plonger dans l'ambiance de cette petite ville à l'atmosphère si particulière. Une vie rude, bien différente de celle que l'on connaît, en un lieu différent, à une époque différente. Et pourtant, on y est, le texte est extrêmement immersif et on n'a aucun mal à s'imaginer tout ça. Hommage aux romans noirs américains, Que ta volonté soit faite est tout autant surprenant que captivant ou encore horrifiant. Et quand l'auteur nous prend à témoin, le pire est peut-être bien qu'on se sent le droit de juger !

Note : ★★★★★
Billet d'origine : Les Fabuleuses Aventures d'Aristide Pilgrim

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