Jordskott, la forêt des disparus

By mercredi, juin 29, 2016


Statut : Série terminée
Genre : Thriller fantastique
Nombre de saisons / épisodes : 1 saison / 10 épisodes


Négociatrice au sein des forces d’intervention de la police de Stockholm, Eva Thörnblad se rend à Silverhöjd pour régler la succession de son père Johan, riche industriel avec qui elle a rompu tout contact depuis la disparition de sa fille Josefine. Sept ans après les faits et alors que le petit Anton s’est volatilisé, la jeune femme décide de reprendre son enquête. Elle fait la connaissance de Göran Wass, dépêché sur les lieux pour aider la police locale à retrouver le garçonnet. Un soir, en traversant la forêt en voiture, Eva manque de percuter une jeune fille blonde qui ressemble à Josefine…

L'avis de Circé

Avec la série Real Humans, ARTE m'avait déjà scotchée devant la télé, que je ne regarde pourtant pas beaucoup, alors quand France Inter annonça la diffusion d'une nouvelle série suédoise envoûtante sur cette même chaîne, ma curiosité prit le dessus sur mon emploi du temps bien chargé : c'était décidé, je me réservais du temps pour découvrir ce qui s’avéra être un petit bijou.

D'abord, les trois premiers épisodes vous clouent sur place mais pas dans votre salon, non, dans l'immensité des forêts suédoises, tantôt rassurantes, tantôt angoissantes. Autour de cette forêt, personnage central de la série, les intrigues se nouent entre disparitions d'enfants et attaques inexpliquées, entre problèmes familiaux et manigances industrielles. C'est simplement un bon thriller à la sauce scandinave, me direz-vous. Oui, mais avec un je ne sais quoi en plus... Il y a vite comme une impression de surnaturel dans cette réalité moderne. 

Au fur et à mesure des épisodes, cette impression s'impose pour devenir une certitude. L'angoisse monte d'un cran, l'intrigue se complexifie et on ne sait plus qui est l'ennemi. On se perd alors dans l'immensité verte et moussue de la forêt dont chaque arbre, chaque rocher semble receler un mystère, dont chaque bruit vous met en garde.

C'est un bon thriller fantastique dans un beau décor, me direz-vous. Oui, les décors, les plans sont autant de tableaux, autant d'illustrations qui pourraient orner les pages d'un livre sur les mythes et légendes scandinaves. L'impression est confirmée par une musique aux consonances celtiques qui évoqueront aux initiés les elfes et autres créatures mythiques mis à l'honneur par Tolkien. Pour cause, son créateur, Henrik Bjorn s'est inspiré des histoires que sa grand-mère lui racontait quand il était enfant.

Mais plus que tout cela, c'est une fable moderne qui véhicule, sans lourdeur, un message écologique. Et, si la nature ici, fait autant peur qu'elle fait rêver, rappelez-vous que nous ne sommes rien face à la nature et qu'elle recèle autant de beauté que de dangers.

J'en profite pour vous donner une opinion toute personnelle sur le manque cruel d'imagination et de discernement de certaines personnes quand elles se retrouvent confrontées à quelque chose qui ne rentre pas dans leur système de pensée, que je qualifierais de basique et routinier. Martine Delahaye du journal Le Monde partage son point de vue : « On se réjouissait, au vu des deux premiers épisodes de Jordskott, de découvrir une nouvelle série noire nordique où, sous la trame du policier, poussaient de mystérieuses racines, des liens presque charnels avec la nature… Tout portait à pressentir qu’au-delà de l’enquête menée par l’inspectrice suédoise Eva Thörnblad (après la disparition d’enfants dans un village forestier), allait se dessiner un ­récit autour d’un enjeu très ­contemporain. Or au-delà de ses deux premiers volets, Jordskott, la forêt des disparus bascule par intermittence dans un mode fantastique qui, sans nous toucher ni même nous intéresser, nous a plongés dans un long et profond ennui. »

Qu'on n'aime pas le fantastique, soit, mais je ne peux m'empêcher de penser, par expérience, que ces gens-là n'aiment pas car ils pensent immédiatement à un sous-genre tout juste bon à divertir et sans intelligence. Si Mme Delahaye ne fait pas partie de ces gens-là, désolée. Mais, l'intelligence, justement, n'est-elle pas de voir le message dans la fable ? De prendre conscience de quelque chose sans qu'on vous mâche le travail ? Ne peut-on pas se divertir en réfléchissant ? Les mythes n'étaient-ils pas destinés à véhiculer des idées, des valeurs, imposer des systèmes de pensée qui servent soit la politique soit la religion, soit les deux, ou encore à pousser à la réflexion ? Une fiction bien écrite vaut autant qu'un pamphlet.

Enfin, ce que j'ai apprécié, c'est que la série a une fin, les questions trouvent leur réponse, ce qui est de plus en plus rare malheureusement, et bien souvent pour des raisons mercantiles. Si ça marche, on fait une deuxième saison ! Pour le coup, si Bjorn se laisse séduire par ce genre de propos, espérons que la seconde saison vaudra la première.

Une chose est certaine, les Américains ne resteront pas les bras croisés devant ce bijou...

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