Le portrait de Dorian Grey, d'Oscar Wilde

By lundi, juin 27, 2016

Le Portrait de Dorian Grey

L'avis de Circé

Unique roman d'Oscar Wilde, un nom qui pourtant ne m'est pas inconnu, je n'ai jamais lu Le portrait de Dorian Grey. Cela explique que ma chronique vous semblera peut-être maladroite et naïve, puisque je ne peux comparer cette adaptation théâtrale avec l'oeuvre originale. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui j'ai très envie de lire le livre et, en soi, c'est déjà une victoire pour la troupe qui "sévit" au Théâtre des Champs-Elysées.

Qu'est-ce qui m'a donc poussée à aller voir cette pièce ? Le film éponyme d'Oliver Parker sorti en 2009.

Friande de romantisme noir, de ces atmosphères à la fois glauques et sensuelles où le bien et le mal se disputent sans merci l'âme et le cœur d'un(e) jeune innocent(e) et où art et beauté sont omniprésents, j'ai apprécié ce film. mais je n'avais pas vu la pièce alors ! Et aujourd’hui, je ne saurais que trop vous conseiller d'abandonner votre divan de salon pour préférer les fauteuils d'une salle de théâtre. La pièce est tellement plus riche, plus belle et cruelle, plus proche, j'imagine, du roman d'origine.

En effet, avec un minimum de décors, des jeux de lumières, de fumées et de musiques, le metteur en scène nous aspire dans le brouillard des bas-fond du Londres victorien et on assiste, impuissants, tantôt fascinés, tantôt révoltés, à la descente aux enfers du jeune Dorian Grey.

Dorian Grey est un jeune homme d'une grande beauté, et bien sous tout rapport. Il pose pour son ami, le peintre Basil Hallward. Ce dernier lui présente Lord Henry, un dandy, hédoniste patenté, qui voue sa vie à la recherche de la beauté et de plaisirs toujours plus raffinés, cruels même. Il est l'incarnation d'une espèce d’esthétisme qui mène à la décadence de l'individu et de sa morale. Henry pêche et prêche.

Dorian ne tarde pas à être séduit par les flatteries de Lord Henry qui l'ouvre à un nouvel hédonisme. Conscient que sa beauté qu'on admire est bien éphémère, Dorian en vient à jalouser le portrait que Basil a fait de lui car le portrait, lui, ne subira pas les ravages du temps contrairement à lui.

C'est alors que le fantastique fait son apparition, lorsque Dorian fait le vœu que son portrait vieillisse à sa place, il est exhaussé. Il peut alors vivre une vie de débauche, d'excès, il peut se montrer insensible et cruel, mais sa jeunesse et sa beauté le sauvent de tout jugement. Il demeure le jeune homme beau et policé dont on n'imagine pas les pêchés... pêchés qui sont stigmatisés, au même titre que les signes de vieillesse, sur le tableau de Basil.

Je me souviens avoir été marquée par la scène où Dorian répudie comme une malpropre la comédienne qu'il devait épouser car elle l'a "déçu". Il lui explique avec une froideur extrême qu'elle symbolisait pour lui une sorte d'idéal féminin, belle et talentueuse, elle pouvait être Juliette et puis Antigone... mais du jour où, amoureuse, elle ne fut plus capable de jouer correctement, elle ne représentait plus rien qu'une perte de temps. Alors, il partit en la piétinant comme si elle n'existait pas mais, comme il dit avec une cruelle désinvolture, "les choses dont on ne parle pas n'ont jamais existé". Lorsqu'il apprend le suicide de cette comédienne, il ne ressent rien qu'une émotion superficielle, il ne s'agit après tout que du "dénouement sublime d'une pièce étonnante" qui a toute "l'effrayante beauté d'une tragédie grecque" où il a "joué un grand rôle" mais "dont il est sorti indemne".

Je n'irai pas plus loin pour vous laisser découvrir la suite et la fin du destin d'un monstre de narcissisme : égoïste, sans empathie, à la recherche de son propre plaisir...

Même si je n'ai pas été subjuguée par le jeu des acteurs, reste que l'histoire et la façon dont elle est mise en scène m'a fascinée.

Vous aimerez aussi...

0 commentaires