Les arcanes du chaos, de Maxime Chattam

By mardi, août 30, 2016

Les arcanes du chaos

À vingt-sept ans, Yael mène la vie sans histoire d'une parisienne célibataire. Un soir, elle croit voir des ombres apparaître dans le miroir de son appartement. Puis le phénomène se reproduit. Ces « ombres », enfin, prennent contact avec elle par l'intermédiaire de son ordinateur et l'invitent à s'intéresser aux symboles et aux vérités cachées. Effrayée par ces manifestations surnaturelles, elle reçoit l'aide de Thomas, un journaliste canadien qu'elle vient de rencontrer. Peu à peu, les Ombres guident Yael et Thomas vers la découverte de l'existence d'une histoire parallèle, de sociétés secrètes influençant le cours des événements, d'intérêts puissants capables de manipuler les hommes à leur guise. Mais ce savoir n'est pas sans danger…

Ouvrage paru en 2006 - Support papier - Editions Pocket
Tome 1 du cycle Cycle de l'homme - 551 pages


L'avis de Gabrielle

Cela faisait bien longtemps que je ne m'étais posée pour me plonger dans un bon roman. Pour ce retour à la littérature, j'ai jeté mon dévolu sur Maxime Chattam, un auteur que j'avais découvert à travers Le 5ème règne, un roman fantastique que j'avais trouvé par hasard et qui m'avait convaincue que parfois le hasard fait vraiment bien les choses. Ici, c'est dans une aventure bien différente que l'auteur m'a emmenée, celle d'une jeune femme ordinaire entraînée bien malgré elle dans un voyage angoissant fait de symboles ésotériques, de sociétés secrètes et des coïncidences de l'Histoire.

Tout part d'ombres aperçues du coin de l’œil et d'un billet de 1 dollar et jusqu'au bout du voyage, on ne voit pas passer les 551 pages grâce à l'efficacité de la plume de Chattam. En effet, pas de perte de temps, nulle description ou introspection inutile ni de temps morts, on s'attache rapidement aux personnages et on s'interroge avec eux sur ces phénomènes étranges qui débutent le roman. Si bien qu'on croit lire un roman fantastique, c'est de loin le plus angoissant. L’auteur s'y connait pour nous dépeindre les atmosphères lugubres et nous plonger dans l'expectative ! D'indices en indices, on retombe avec notre héroïne, Yael, dans la réalité, une réalité terrible et frustrante qu'on aurait peine à croire et qu'on aurait surtout du mal à accepter ; une réalité qui se construit sur le terreau de notre ignorance.

Les vainqueurs sont ceux qui écrivent l'Histoire. C'est celle-là qui est rédigée dans nos livres d'école, pas la vraie Histoire telle qu'elle s'est déroulée, mais une histoire qui caresse le camp des gagnants. L’Histoire a cessé, depuis longtemps, d'être la somme des humanités ; aujourd'hui elle n'appartient qu'à une poignée d'individus. A nous de savoir lire entre les lignes, ce qui est... hélas, rare et difficile. Une fois encore, essayons de mettre de côté les boucs émissaires et regardons, au-delà, ce qui se trame dans les arcanes de notre Histoire.

Cette réalité nous semble bien proche, à nous lecteurs, et c'est ça qui est à la fois génial et déroutant. Les passages du blog d'un des protagonistes pointent certains aspects de notre Histoire, certaines "coïncidences" et nous les font envisager sous un œil neuf... à vous rendre paranoïaque. Chattam s'est documenté et a romancé le tout et la force de ce thriller politique c'est de nous mettre le doute, et si vous le lisez, vous vous poserez les mêmes questions que moi, vous vous ferez les mêmes réflexions...

Pour régner, pour gouverner, il faut plaire au peuple. Lui mentir si nécessaire. Mais dire ce que les gens ont envie d'entendre. Le faire est secondaire. On calme la colère, les déceptions, par encore un peu plus de démagogie. Puis vient le moment de tourner, de laisser sa place au parti d'en face, une fois que le peuple en a marre d'entendre trop de mensonges. Alors le parti opposé prend les commandes et fait la même chose. Exactement la même chose : il exerce son pouvoir. Par la démagogie. Avec plus ou moins de sincérité selon les uns et les autres. Jusqu'à devoir laisser sa place au parti précédent qui revient faire ce qu'il a déjà fait et ainsi de suite... Vision peu reluisante de la politique, c'est vrai. Hélas, vision partagée par bien du monde, semble-t-il...

Toute la qualité du roman réside d'ailleurs là-dedans, la façon dont il nous entraîne sans difficulté à nous poser des questions tout en tissant une intrigue intéressante et divertissante. Toutefois, en ce qui me concerne, reste un goût de déjà-vu. Il n'empêche que j'ai apprécié cette piqûre de rappel.

Nous devons être vigilants car au nom des libertés et de la sécurité de notre système, de notre collectivité, nous rabaissons nos libertés individuelles. C'est là que le danger rôde. Des états fascistes sont nés ainsi. Avec le soutien de leur peuple.

Je repense à ce que j'appris lors de mes études, j'y ajoute le poids de mon expérience car le "système" dont il est fait mention ci-dessus, ça peut être un ordre mondial, une société, une confrérie, une famille, une troupe, une équipe, n'importe quel groupe d'individus qui, pour conserver leur confort et leur place en son sein, cèdent à la paresse, à une majorité, abandonnent leur libre arbitre et leurs valeurs. Et c'est ainsi que les hypocrites, les profiteurs, les tyrans, les menteurs continueront car nous, les rouages, nous les légitimons.

La fin de l'histoire est tellement surprenante que ça efface la légère déception née du sentiment de déjà-vu. J'ai refermé ce roman satisfaite, admirative et avec une terrible envie d'ouvrir un nouveau roman ce soir !

En attendant : Pensons, c'est déjà ça.

Note : ★★★★☆
Billet d'origine : L'île d'Eéa

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