Le chien, d'Eric-Emmanuel Schmitt

By samedi, novembre 05, 2016

Le Chien

D'après une nouvelle d'Eric-Emmanuel Schmitt.
Mise en scène de Marie-Françoise et Jean-Claude Broche.
Avec Mathieu Barbier et Patrice Dehent.

Si les hommes ont la naïveté de croire en Dieu, les chiens ont la naïveté de croire en l'homme.
Quel est donc le secret qui cadenasse l'âme de Samuel Heymann, ce médecin apprécié de tous mais qui reste un inconnu même aux yeux de sa fille ? Quelle est l'admirable relation qui le lie depuis 40 ans à ses chiens ? Mené comme une enquête policière, ce texte émouvant traite de la communication entre les êtres, de l'amour, de la haine, de la vengeance et du pardon : une surprenante et bouleversante leçon d'humanité, succès du festival off d'Avignon 2016.

Le Chien raconte les heures noires de l’humanité. Étrange barbarie... L’homme parvient à s’aveugler avec des idées. Le chien, lui, s’en montre incapable. N’est-il pas parfois plus humain que l’humain? Pas raciste en tout cas. Et jamais obscurci par l’idéologie. Pourquoi voit-il encore le visage de la victime tandis que les bourreaux ne l’aperçoivent plusCette nouvelle, inspirée d’Emmanuel Lévinas, fait surgir la lumière dans les ténèbres : le regard d’un chien.

Eric-Emmanuel SCHMITT


L'avis de Circé

J'ai été attirée par cette simple phrase : Si les hommes ont la naïveté de croire en Dieu, les chiens ont la naïveté de croire en l'homme. Et ce n'est pas uniquement parce que j'aime les bêtes ! Et puis une jeune collègue qui connait ma passion du théâtre mais aussi le genre de pièces, de thèmes, vers lesquels je me dirige plus volontiers, me l'a vivement recommandée. Elle savait qu'indéniablement, je pleurerais, que je serais bouleversée par cette histoire et que j'apprécierais le jeu des acteurs et la mise en scène épurée au possible.

En effet, vous arrivez devant une scène presque vide : quatre cubes, deux acteurs... 

L'un d'eux prend la parole avec une diction qui force l'admiration ! Il vous parle de Samuel Heymann, un homme secret qui se donne la mort après la disparition accidentelle de son chien. Tout part de ce double drame mais surtout des questions qu'il soulève : qu'est-ce qui justifie qu’un homme se suicide parce que son chien est mort ? Ce qui le liait à son compagnon à quatre pattes valait-il de le suivre dans la tombe ?

Ça y est, l'esprit du spectateur est déjà captivé ! Mais alors que le personnage de l'écrivain, notre narrateur (M. Barbier), mène son enquête, l'autre comédien, reste là, muet. L'esprit du spectateur est intrigué ! Cet étrange individu, dans l'ombre, c'est Samuel Heymann (P. Dehent) et c'est à sa fille qu'ils s'adressera, sa fille à qui il avait fermé les portes de sa mémoire pour la préserver de ses souvenirs de la Seconde Guerre Mondiale mais aussi de ce que ces heures sombres avaient éveillé chez lui. Oui, le Docteur Heymann a écrit une longue lettre à sa fille pour lui expliquer les événements qui ont fermé sa mémoire.

L'autre acteur, jusque-là silencieux, nous ramène dans le passé de son personnage avec un phrasé somptueux et un jeu émouvant. Et là, j'ai été clouée sur place, j'ai apprécié la rupture que l’apparition d'un personnage de ce passé apporte au récit qui aborde un thème pourtant déjà vu, revu, étudié, réétudié. Le Chien est si différent ! Parler des camps sans tomber dans le pathos, c'est une gageure et l'auteur s'en est admirablement bien sorti. Pourtant j'ai pleuré, me direz-vous ! Oui, j'ai beaucoup pleuré mais à travers mes larmes, j'ai souri ! Ce qu'avait réussi a faire Roberto Benigni dans son magnifique film La vita è bella

Et au-delà du témoignage d'un terrible passé, on entre dans les profondeurs de l'âme humaine... ou devrais-je dire l'âme inhumaine. Oui, si l'on se regarde en face, sans complaisance aucune, on découvre que nous sommes et victimes et bourreaux, bien rarement l'un ou l'autre... Voilà une belle vision non manichéenne qui nous remet tous à égalité. Et ce que nous n’avons pas compris, nous humains, c'est que rien ne justifie que nous détruisions de plein gré une personne, quand bien même, cette dernière vous a fait du mal ! Lorsque l'on est en colère, qu'on a souffert, qu'on a été humilié, blessé, avili et j'en passe, on ne voit plus qu'on devient nous même celui qui blesse, qui humilie, qui avili... on passe bien vite de victime à bourreau.

Rester humain, c'est refuser la bassesse de la vengeance, le désir de détruire l'autre et continuer à vivre la tête haute. Et puis, si ma chronique ne vous parle pas, si vous restez sourd à ce plaidoyer alors, regardez au moins votre chien !

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